Echelon embarrasse le parlement européen.

Publié le par Albus magnus



6/07/2000 • 20h42

L’Europe enquête sur Echelon à reculons

L’affaire Echelon embarrasse le Parlement européen. Les eurodéputés viennent de décider, mollement, l’ouverture d’une enquête.


© P.P./Transfert

Le procureur de Paris vient de mandater la DST pour enquêter sur l’espionnage généralisé de nos communications par les anglo-saxons (lire La France et l’Europe se penchent sur Echelon). L’Allemagne et la Hollande s’apprêtent à faire de même. Et cela ne suffit visiblement pas au Parlement européen. Mercredi 5 juillet, les eurodéputés ont refusé, par 340 voix contre 210 (et 15 abstentions) l’idée d’une véritable commission d’enquête, se contentant d’instituer une "commission temporaire sur le système d’interception Echelon", qu’un diplomate qualifie, dans Libération, d’"organe émasculé".

Les britanniques vicieux

Ce résultat doit beaucoup aux Anglais, qui participent activement au programme Echelon et accueillent la plus grande de ses bases d’interception à MenWith Hill (lire Echelon is watching you ). Les représentants britanniques ont évoqué les deux enquêtes françaises, souhaitant obtenir l’assurance qu’elles ne feraient pas obstacle à celle du Parlement européen. Vicieux, ils ont même proposé d’enquêter sur "d’autres systèmes susceptibles de porter atteinte à la vie privée", faisant incidemment référence à l’avatar français d’Echelon. Le lobbying forcené des Anglais contre toute investigation a, semble-t-il, été relayé par une intense activité américaine.

"Moins de pouvoirs qu’une commission d’enquête"

Sans pouvoir d’investigation, la commission du Parlement européen se contentera d’inviter des représentants de l’...tat à s’exprimer sur plusieurs points tels que l’existence réelle d’Echelon, la compatibilité d’un tel système avec le droit communautaire ou les éventuels préjudices de cet espionnage industriel pour les entreprises européennes. La commission, composée de 36 membres, dont quatre français (Hugues Martin, Catherine Lalumière, Alain Krivine et Georges Berthu) et dirigée par un eurodéputé portugais - Carlos Coehlo -, devrait rendre ses conclusions d’ici environ huit mois. Pour Thierry Jean-Pierre, qui sera le suppléant d’Hugues Martin au sein de cette commission, "celle-ci aura beaucoup moins de pouvoirs qu’une commission d’enquête et pas de pouvoir de coercition : on invite, mais on ne peut forcer personne à venir témoigner." L’élu de Démocratie libérale a sciemment tardé à révéler au Figaro qu’une enquête avait été confiée à la DST par le procureur de la République suite à un courrier de l’ex-juge : "Je voulais le rendre public juste avant le vote de la commission d’enquête pour faire monter la pression, et laisser à la DST le temps de bosser."

Le compte-rendu du vote du Parlement européen:
http://www.europarl.eu.int/dg3/sdp/...
 

http://www.transfert.net/L-Europe-enquete-sur-Echelon-a

La France et l’Europe se penchent sur Echelon

Le procureur de Paris a chargé la DST d’effectuer une enquête préliminaire sur le réseau d’écoute américain Echelon. Les parlementaires européens devraient également, le 5 juillet, se prononcer sur la création d’une commission d’enquête sur le même thème.


© P.P./Transfert
Jean-Pierre Dintilhac, procureur de la République de Paris, vient de saisir la Direction de la surveillance du territoire (DST) pour une "enquête préliminaire" sur le programme Echelon. L’ex-juge Thierry Jean-Pierre, aujourd’hui député européen (et trésorier de Démocratie libérale), avait écrit au procureur, le 2 mai dernier, pour l’informer des "atteintes à la vie privée (...) et aux intérêts liés au commerce ainsi qu’aux entreprises, voire aux intérêts supérieurs de la nation" que représente le désormais célèbre Big Brother anglo-saxon (lire Echelon is watching you). C’est la seconde fois en trois mois que Le Figaro révèle que des Français tentent d’instruire le procès d’Echelon. Le quotidien du matin dévoilait, fin mars, qu’un collectif d’internautes, Akawa, soutenus par deux avocats spécialistes de la question, maîtres Jean-Pierre Millet et David Nataf, venaient de porter plainte contre X... Afin de faire la lumière sur les "violations du secret des correspondances" occasionnées par Echelon. Si l’Assemblée nationale a diligenté, le 22 mars dernier, une mission sur la question, l’information concernant l’enquête préliminaire confiée à la DST arrive à point nommé : les parlementaires européens doivent décider ce mercredi 5 juillet de la constitution, ou non, d’une commission d’enquête sur Echelon.

La grande muette et les grands oreilles du "grand frère"

Vivement encouragée par les Verts, cette initiative est cependant gelée à la fois par les parlementaires anglais (leur base de Menwith Hill étant la plus importante de toutes les stations d’écoute de la National Security Agency), et par ceux des principaux partis de la Communauté. Notre confrère ZDnet révélait, dans un dossier paru il y a une dizaine de jours, que dix pays membres de l’Union européenne (Danemark, Allemagne, Finlande, Grèce, Italie, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne et Suède) cèderaient aux grandes oreilles anglo-saxonnes des stocks entiers de données interceptées. On apprenait également que les industriels européens mettaient au point un système d’écoute transfrontalier destiné à faciliter le travail des forces de l’ordre, projet initialement connu sous le nom d’Enfopol. Last but not least, l’édition anglaise de ZDnet publiait la semaine dernière la première photo connue de l’une des quinze stations d’écoutes françaises, recensées à ce jour et faisant partie de ce que les anglo-saxons ont opportunément surnommé "Frenchelon". Le quotidien en ligne rapporte ainsi ces propos troublants : "Nous n’avons rien à envier des Américains. Nous avons notre équivalent d’Echelon en France." Des propos fort intéressants, surtout lorsque l’on sait qu’ils émanent... d’un officier de la DST, la "grande muette" opportunément chargée aujourd’hui d’enquêter sur les menaces de son "grand frère" anglo-saxon. À quand une enquête du FBI sur les menaces de Frenchelon ?

Publié dans Echelon

Commenter cet article